Ce dialogue, censé alimenter le débat, est inspiré d’un long échange avec un internaute sur un blog politique.
Le chœur : A la vile traîtresse. Jamais je ne suivrai cette femme autoritaire «qui nous prépare un régime monarchique, aussi irresponsable qu'assoiffée de pouvoir, qui se fiche des intérêts de la France comme de sa première chemise !» (sic), qui ne connaît même pas le génialissime Eric Besson, Dominique, au secours !
Cépé : Eh beh, on n’est pas arrivé avec tout ça. Et ça blogue sur le blog de DSK, et ça se dit social démocrate. Comment peut-on se dire social-démocrate et ânonner de telles inepties ? L’urgence pour la France, c’est d’être gouvernée par la gauche. Tant pis si cela passe un jour par un compromis avec Bayrou, tant pis si cela passe par une nouvelle alliance avec les communistes… Comprenons où est notre véritable intérêt. Notre intérêt c’est la gauche, et mieux, la gauche du dialogue, de la pédagogie… Pas celle des phrases toutes faites et des rancoeurs partisanes.
Elgé : Reconnaissez qu'il est légitime de débattre sur le meilleur moyen et la meilleure personne qui puisse représenter nos valeurs. Vous affirmez que la défense de nos valeurs passe par le vote Ségolène Royal, il se trouve que certains d'entre nous ne sont pas d'accord !
Cépé : En effet, il est tout à fait légitime de débattre. Si certains pensent que Bayrou est mieux placé pour défendre nos valeurs, qu'ils votent pour lui et tentent de convaincre sur la base de ses arguments, de son passé politique, de sa stratégie de gouvernement... Pas sur les goûts vestimentaires de tels ou telles. Il y a aujourd'hui 12 candidats aux élections. La candidate socialiste, c'est Ségolène Royal. Après les présidentielles, ce sont les législatives. On connaît l'effet d'entraînement entre ces deux élections. On peut toujours espérer qu'avec un Bayrou ou un Sarkozy élu, on aurait une majorité de gauche, mais franchement, je n'y crois pas une seconde. Alors, en effet, je choisi le pragmatisme.
Elgé : Au nom du même pragmatisme, je dis que Ségolène n'a aucune chance contre Nicolas au second tour. Et que si François est élu au second tour contre Nicolas, avec les voix de la gauche, l'effet d'entraînement pour les législatives devrait venir de la gauche. CQFD.
Cépé : Mais je ne vois pas vraiment de pragmatisme là-dedans, une prévision hasardeuse tout au plus, qui conduit à une action risquée. Qui dit aujourd'hui que si une partie de l'électorat social démocrate ou radical de gauche vote au premier tour pour Bayrou, ce n'est pas Le Pen que l'on retrouvera au second tour ? Le risque est véritable.
Elgé : Le Pen ne sera pas au second tour. Pas cette fois. Sarkozy chasse sur ses terres... Pour ce qui est des législatives, c'est vous mon cher Cépé qui avez parlé d'effet d'entraînement ! Je vous suis sur ce terrain. Je dis Nicolas élu contre Ségolène au deuxième tour, cela nous apportera une vague UMP aux législatives. Président UMP, gouvernement UMP et parlement UMP. Non merci !
Cépé : Vous semblez bien sûr de la défaite de Ségolène Royal face à Nicolas Sarkozy. C'est ce que disent les sondages, c’est vrai. Avec 5 % d'erreur et plus de 40 % de sondés qui ne sont pas définitivement fixés sur leur choix. Mais dans un tel face à face, la gauche ne se rassemblerait pas derrière Ségolène Royal ? Et laisserait passer Nicolas Sarkozy ?
Elgé : Elle perdra contre Nicolas au second tour. Pourquoi ? Parce qu'elle est nulle à chier tout simplement (re-sic). Même à gauche les gens le savent. Sur tous les blogs, dans tous les éditoriaux de gauche l’argument principal c’est : «on va voter Ségolène car IL FAUT voter Ségolène», «c’est la seule qui porte nos valeurs, on ne peut pas laisser gagner la droite». Même chez ses supporters, on ne trouve pratiquement personne pour parler de sa capacité à trancher ou de son talent de meneuse d’hommes. Et que l’on ne vienne pas me raconter que c’est du sexisme, il y a des tas de femmes qui ont des talents et une générosité naturelle qu’elle n’a pas.
Cépé : Vous devenez virulent. Il me semble même que vous exagérez quelque peu. Mais c’est vrai que votre opinion sur Ségolène, semble partagée par un certain nombre d'électeurs de gauche. Personnellement, je ne peux pas dire qu'elle m'emballe. Mais en quoi Bayrou est mieux ? C'est sûr, il n'a pas à jouer des coudes avec ses éléphants. Ils sont tous partis avec Sarkozy. Il commence tout juste à prendre des volées de bois vert alors qu'il avait pour l'instant plutôt les faveurs des médias. Voyons donc comment il va se sortir du piège dans lequel les médias et les sondeurs l’ont mis. Car, il faut quand même reconnaître que Ségolène, elle se fait assez systématiquement démolir, parfois à raison, mais souvent à tort. Et, surtout, Monsieur Bayrou à la partie belle. Il n'assume en fait qu'assez peu de responsabilité puisqu’il n’a rien à perdre. Son objectif c'est 2012 et tout ce qu'il veut, c'est un vote à deux chiffres. Je pense qu'il est lui-même surpris de son succès. Ségolène et le parti socialiste portent, au bout du compte, l’espoir du peuple de gauche - comme on dit maintenant. J’ai comme dans l’idée que c’est moins facile.
Elgé : Mais mon cher Cépé, vous ne voyez pas que la façon dont elle a traité par le mépris Eric Besson est une fenêtre ouverte sur sa personnalité. Le fait qu’elle puisse proposer la fermeture de 7 centrales nucléaires française sans réaliser qu’elle mettait en danger notre autonomie énergétique ! Qu’elle refuse ensuite les avis contraires des experts du PS, parce que c’était J’ai DIT alors on le fait. Je le pense donc c’est VRAI ! Bref, Nicolas serait le pire pour l’avenir de notre démocratie … mais elle n’est pas loin derrière.
Cépé : Elle fait des erreurs ? Elle a des difficultés avec certains membres de son équipe ? Tous les candidats en sont au même point. Nicolas Sarkozy a réussi à dire à la télé qu'il y avait 13000 suicides de jeunes par an... alors qu'il n'y en a - et c'est déjà trop - que 600 ! Lui aussi a fait le ménage dans son équipe. Ca n’a pas fait le 20 h, ni même le 23 h. Et puis mon petit doigt me dit qu’une fois Présidente de la République, elle y réfléchira à deux fois avant de brader notre indépendance énergétique. Elle a trop parlé ? Trop vite ? Certes. Mais songeons aussi que nous sommes en période électorale. Que ces périodes sont devenues un véritable enfer. C’est regrettable pour la démocratie et la clarté de la campagne mais c’est comme cela.
Elgé : Il y en a trop comme elle au PS. Quand j'entends et je vois le dogmatisme et l'agressivité de certains ayatollahs du PS : «si tu votes Bayrou tu es un social traître et tu n'as pas le droit de dire que tu es de gauche» ! Ca ne donne pas vraiment en vie de travailler avec eux. Au bout du compte, d’un point de vue valeurs, j’ai beaucoup plus de choses à dire à un Bayrou qu’à un Fabius ou un Mélanchon.
Cépé : Sur les ayatollahs du PS, je partage votre opinion. Je ne supporte pas cette manière de débattre que je trouve inutile, stupide et contre-productive, d’où ma première intervention d'ailleurs. Mais ce n’est pas parce qu’il y a quelques brebis galeuses qu’il faut voter Bayrou. Qu’a-t-on à en espérer ? Bayrou gouvernant avec la gauche ? Laissez-moi rigoler. Le passé montre que Bayrou est un homme de droite et que l'UDF (ou ce qu'il en reste) est un parti de droite. Très libéral d'un point de vue économique et socialement, moins dur que l'UMP. Je sais qu'il est de bon ton de casser le clivage droite-gauche, mais ce n'est pas quelques abstentions à l'assemblée ces derniers mois et l’apport d’une trentaine de voix à un vote de défiance qui n’avait de toute façon aucune chance de passer - l'UMP ayant la majorité absolue - qui suffiront à me convaincre d'un véritable recentrage de l’UDF.
Elgé : Ne me croyez pas naïf, cher Cépé. L’UDF est un parti de droite ! Tous les petits élus UDF sont secrètement amoureux de Sarkozy et c’est l’Etat Major réduit de Bayrou, qui seul, se démarque agressivement de l’UMP. Les élus UDF locaux et régionaux n’aiment pas du tout ce qui se passe. Ils ne savent pas comment parler à tous ces nouveaux électeurs, pro Bayrou, venus de gauche. Ils sont nombreux, les élus UDF, qui voulaient que Bayrou se plante ! C’est pour ça qu’il parle de créer un nouveau grand Parti Démocrate, il sait qu’il ne peut pas compter sur l’UDF et il sait qu’il ne peut pas faire signer les gens de centre gauche à l’UDF ! Son rêve est fou, certainement irrréaliste, et plein de risques. Mais je prends ce risque, car les ayatollahs du PS n’ont toujours rien compris.
Cépé : Bref, vous êtes en colère contre quelques imbéciles. Rappelez-vous que la colère est mauvaise conseillère. Votre vote pour Bayrou ressemble à un vote sanction, qui souvent font l’affaire des extrêmes, ou au moins des ennemis. Vous préferez voter pour une projet «irréaliste»... Je vous en laisse la responsabilité. Comme beaucoup de ceux qui penchent à gauche, j'attendais quelqu'un d'autre et une autre méthode. Ce ne sera pas ce coup-ci et cette campagne est parfois assez confuse... Mais cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas avoir une majorité de gauche à l'assemblée et gouverner la France dans un meilleur sens, même avec Ségolène qui au bout du compte mène sa barque plutôt bien. Définitivement, je préfère voter pour celle qui partage mes idées et qui - je sais que vous n’y croyez pas mon cher Elgé – a toutes les chances de gagner. Mais si c’est la peur de perdre qui vous conduit chez Bayrou, alors, votez Ségolène ! Cela nous fera une chance de plus de l’emporter.
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