La blogosphère s’enfle d’un bruit de plus en plus assourdissant. Je m’y associe de toutes mes forces.
Lors des élections présidentielles et législatives, plus d’un million trois cent mille électeurs vont voter sur des machines à voter (et tous les colombiens). Le vote électronique est séduisant à plus d’un titre : un ordinateur ne se trompe pas dans les comptes, un ordinateur compte plus vite que n’importe quel humain ou groupe d’humain… Les arguments économiques en faveur du vote sur machine sont innombrables et indubitables.
Mais l’économie ne fait pas tout. Lorsque j’enseignais le langage de programmation Basic au Cameroun, les élèves - avec leur incomparable humour -, venaient systématiquement me voir : «La machine s’est trompée», «L’ordinateur est marabouté»… Et moi, patiemment, de leur répéter que l’ordinateur ne se trompe pas mais l’homme qui le programme, si. Ce dernier a même un pouvoir absolu sur les calculs effectués…
Qu’est-ce qu’il en ressort pour le sujet qui nous occupe ? Certes, les machines utilisées ont été agréées. A priori, donc, on peut s’attendre qu’elles ne soient pas buggées et que les calculs soient justes. Mais en matière d’informatique, le « a priori » de la phrase précédente est de trop. Sous couvert de secret industriel, il est impossible d’avoir accès au code source des programmes et donc de vérifier ce que fait exactement la machine. C’est très grave. A l’heure ou depuis quelques années, nous utilisons des urnes transparentes - pour des raisons de transparence justement -, on nous propose de voter sur machine d’une opacité qui nous renvoie à la préhistoire de la démocratie (lorsque les urnes était en bois, on pouvait au moins vérifier leur conformité avant le début du vote…).
Au moment du dépouillement, il est impossible de vérifier quoi que ce soit. La machine sort les résultats et… c’est tout. Des centaines de citoyens défilent dans la journée. La machine crache un ticket et tout ce que l'on peut faire, c’est vérifier que le nombre de suffrages exprimés est conforme au nombre d’inscrits ayant émargés. C’est un peu léger comme système démocratique. Pour le citoyen, rien de concret ne lui permet de vérifier que son vote a été pris en compte. Il appuie sur un bouton, le reste est purement virtuel.
Le pire dans tout cela c’est que le Règlement technique fixant les conditions d’agrément des machine à voter note dans la partie «principes à respecter» que «les résultats du vote peuvent être vérifiés après le dépouillement du scrutin». Aucune des 113 exigences décrites dans la suite du document ne vient affirmer le respect de ce principe. Ah si, pardon. En fait, quand on a imprimé le PV et bien… on peut relancer une autre impression. Histoire peut-être de bien vérifier que la machine n'est pas assez bête pour nous sortir un résultat différent la seconde foisnbsp;?
Les mots me manquent pour décrire l’incurie et la dangerosité de ce système… La démocratie est la plus belle chose que nous ayons. Sa pérennité ne coule pas de source. Régulièrement, des scandales viennent éclabousser telle ou telle élection. Les citoyens que nous sommes ne doivent faire confiance à personne en la matière. Et certainement pas à des entreprises privées.
Se faire arracher un poil ne fait pas trop mal. En se faisant arracher un poil par jour, on ne sent pas grand-chose. N’empêche qu’au bout d’un moment, on n’a pas le même look ! Pour ma part, question démocratie, je n’ai pas envie de ce look là. Je serai plutôt du genre à me faire greffer de nouveaux poils tous les jours. Et tant pis si ça pique !
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Pour ceux qui ne savent pas comment fonctionne une machine à voter, une vidéo (qui ne fonctionne pas sur mon Firefox, préférez Explorer).
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