Nous retournons aux urnes dimanche. L’occasion de commenter les résultats du travail de l’équipe présidentielle qui s’est empressée de donner des garanties aux français sur la mise en place du projet présenté tout au long de l’année. Parlons fiscalité donc.
Ah les impôts ! Le mal français. Tout le monde a l’impression d’en payer trop et, de toute façon, plus que le voisin… Tout pareil, chacun trouve que l’argent récolté (arraché ?) est bien mal employé. Selon l’interlocuteur, cela peut aller de « l’assistanat qui encourage les feignants », aux « voitures de fonctions ministérielles scandaleuses » en passant par « les dépenses militaires qui seraient mieux employées dans les écoles ». Bref, les dépenses c’est justement l’inverse des recettes. D’un côté, on m’en prend trop, de l’autre on en donne trop aux autres*.
Bien conscient du désamour des français pour leurs impôts, notre président a décidé de prendre le taureau par les cornes. Nous n’avons pas eu l’amnistie sur les amendes (et pour contredire ceux qui pourraient m’accuser d’être trop partisan, je l’en félicite) mais nous avons la réforme fiscale. Mieux que les amendes. Je ne commenterai pas l’ensemble des réformes qui doivent être votées à la fin du mois (ce serait un peu long). Je me contenterai de revenir sur l'une d'entre elle dont on ne parle pas beaucoup mais qui m’a quand même mis un peu le bourdon (et ce sera quand même déjà un peu long…).
Lisons le premier paragraphe du texte qui va être confié à l’examen du Conseil d’Etat (ci-devant Exposé des motifs du projet de loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat) : « Afin d'améliorer la situation des étudiants qui doivent travailler pour financer leurs études, l'article 2 prévoit une exonération d'impôt sur le revenu des salaires qu'ils perçoivent, dans la limite de trois fois le SMIC mensuel.»
La situation de certains étudiants qui vivent aux limites du seuil de la pauvreté (quand ce n’est pas en dessous) est dramatique et bien peu digne de notre pays. On sait que leur principal souci est lié au prix du logement. Leur donner les moyens de poursuivre leurs études dans des conditions décentes aurait pu faire honneur à notre nouveau gouvernement. Inventer ainsi, par exemple, une Aide Personalisée au Logement des Etudiants aurait vraiment simplifié la vie de nos jeunes gens. Au lieu de cela, il a décidé de perdre plusieurs milliards d’euros (difficile d’être plus précis vu le flou qui entoure le manque à gagner réel de cette nouvelle loi fiscale) en exonérant les étudiants de leurs impôts. Belle idée, encore que je ne connaisse pas beaucoup d’étudiant dans le besoin qui en paye.
De prime abord, on cherche les raisons qui poussent le gouvernement à exonérer d’impôts un étudiant qui gagne 3000 euros par mois… Les salariés qui gagnent la même somme mais qui ont fini leurs études apprécieront. Je ne sache pas que la situation d’un tel étudiant (et même un peu en-deçà) nous oblige à « améliorer [sa] situation »… Manifestement, il s’en sort très bien comme cela. Et on ne peut que le féliciter. Personnellement, je trouverai même super que tous les étudiants parviennent à l’imiter.
Soyons donc plus raisonnable. Prenons un étudiant qui gagne le Smic. S’il fait sa déclaration seul… cela ne change rien puisqu’il n’était pas imposable ! Donc, lui, qui aurait bien besoin pourtant « d'améliorer [sa] situation », va continuer à bien galérer (tant pis pour toi, t’as qu’à travailler plus, tu gagneras plus !). En revanche, s’il fait sa déclaration avec ses parents, là le gain est manifeste. Alors qu’avant cette réforme, l’étudiant avait intérêt à déclarer seul ses revenus, ce sera le contraire dorénavant. Les gains sont évidemment proportionnel aux revenus : 2 000 euros si les parents gagnent 6 000 euros (à deux, par mois), 600 euros s’ils gagnent 4 000 euros et 200 euros s’il gagnent 2 000 euros.
Manifestement, la situation des étudiants le plus en difficulté ne va pas beaucoup s’améliorer… Pour les autres, en revanche, tout ira bien. Ils auront de l’argent à dépenser (si leurs parents leur reversent les sommes économisées car au bout du compte, ce sont les eux qui palpent) et pourront relancer ainsi la consommation comme le souhaite Nicolas Sarkozy.
C’est sûr, avec 200 euros par ans, ils vont pas relancer grand-chose, les modestes. En revanche, 2000 euros, pour la tranche haute de ma simulation, c’est pas mal. Sauf que l’on sait très bien qu’à partir d’un certain revenu, on augmente peu sa consommation mais plutôt son épargne…
Pour conclure, je n’accuserai pas Nicolas Sarkozy de faire cadeaux aux riches. En fait, je m’en fous. Le cadeau, il le fait surtout d’ailleurs à une frange de la population dont le vote peut faire basculer une élection (ceux qui croient qu’ils dans la classe moyenne alors qu’ils sont bien au-dessus). Il va juste falloir faire beaucoup d’efforts pour les ramener à une vision plus généreuse de la société. En revanche, massacrer les finances publiques comme il est en train de le faire, c’est plus grave. Le faire sous des prétextes fallacieux (relance de la consommation, amélioration des conditions de vie), c’est du pur populisme. Mais bon, en France, on préfère souvent ceux qui parlent à ceux qui pensent… Il sera simplement un peu tard pour penser quand on augmentera la TVA pour financer ce paquet de réformes fiscales.
Alors dimanche, parlons peu, pensons un bon coup et votons.
* Que l’euphémisme qui a régi la rédaction de ce paragraphe ne trompe personne. Pour moi, c’est clair, et tant pis pour le politiquement correct : en la matière, les français sont vraiment des veaux.
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