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Le mot « social » dans une bouche UMP, moi ça me fait peur

On parle beaucoup de TVA ces jours-ci. Tant que l’on mélange allègrement deux dossiers : celui de la TVA sociale et celui d’une augmentation éventuelle de la TVA pour compenser les baisses d’impôts promises. Donc attention.

Commençons par la TVA sociale. Nicolas Sarkozy en a expliqué très longuement les principes dans son livre « Ensemble » (que j’ai lu, non, non, ne me remerciez pas…) qu’il voulait appliquer en France (et qui a déjà cours en Allemagne depuis janvier). C’est très simple. On baisse les charges sociales des entreprises. Du coup, leurs charges baissent. Du coup, elles peuvent baisser leurs prix. Du coup, leur compétitivité est améliorée par rapport aux entreprises qui produisent hors de territoire. Du coup, d’un côté, nous achetons plus français, de l’autre, nos produits se vendent mieux à l’étranger. Résultat : nos entreprises augmentent leur chiffre d’affaires, nous retrouvons les points de croissance qui nous manquent et notre balance commerciale retrouve le sourire. Cette fois, il faut le reconnaître, la logique du raisonnement est imparable.

Reste à financer le manque à gagner fiscal. C’est la fameuse TVA sociale. Une nouvelle taxe sur la consommation (qui n’a rien à voir en fait avec la TVA) est instaurée qui permet à l’état de ne pas augmenter son déficit. Pour le consommateur – toujours selon Nicolas Sarkozy –, les prix des produits et des services fabriqués ou opérés sur le territoire restent inchangés puisque le coût de la TVA sociale est compensée par la baisse des prix pratiquée par les entreprises (cf. paragraphe précédent). En revanche, les entreprises qui produisent à l’étranger – et qui ne profitent pas de la baisse des charges salariales –  ont le choix entre : voir leur prix augmenter (à cause de la TVA sociale) ou diminuer leur tarifs ht. Dans le premier cas, elles perdront en compétitivité, dans le second en rentabilité.

Pour Nicolas Sarkozy donc, la TVA sociale est une solution aux problèmes liés à la mondialisation, et en particulier devrait freiner les délocalisations (puisqu’il deviendrait moins rentable qu’aujourd’hui de produire à l’étranger). Encore une fois, la logique du raisonnement est imparable, encore que…

Reste quelques approximations et quelques oublis*.

  • Cette méthode aide autant les entreprises qui sont déjà compétitives (comme les services à très haute valeur ajoutée, par exemple, qui n’auront du coup pas besoin de baisser leur prix) que celle qui le sont moins (comme certaines industries). Il est clair que sectoriser la mesure ou l’asseoir sur les bénéfices serait compliqué. Mais il n’empêche. Il y aura de l’inflation.
  • Nicolas Sarkozy semble bien assuré que les entreprises ne vont pas profiter de cet appel d’air pour augmenter leur prix… Là, nous sommes autorisés à avoir des doutes. Ce ne sont pas des doutes d’ailleurs mais des certitudes. Sans même accuser les entreprises de non citoyenneté, celles qui tirent le diable par la queue aujourd’hui, ne va pas se priver de cet oxygène qu’on leur offre. Contrairement à ce que dit Nicolas Sarkozy, il y aura un effet inflationniste immédiat.
  • Ce n’est pas quelques point de TVA sociale qui vont permettre aux  entreprises françaises de produire des produits électronique grand public au même coût que les coréen par exemple, ou des textiles au prix du Maghreb. Sur bon nombre de produits, cette mesure n’aura quasiment aucun effet bénéfique sur l’économie française.

    Bref, au bout du compte, la TVA sociale est une mesure inflationniste. Je ne sais pas ce qui se passe en Allemagne à ce propos ni dans quelle mesure on pourrait comparer les deux économies sur ce point. Si quelqu’un à des nouvelles de nos amis d’outre-rhin, qu’il n’hésite pas à nous en faire part…

    Voilà pour la TVA sociale. Quant à l’augmentation de la TVA, elle n’était pas au programme. Il semble que certains députés UMP la réclame. Et, en effet, on risque d’en avoir besoin pour financer les baisses d’impôts accordés aux propriétaires, aux enfants qui héritent, aux étudiants qui gagnent 3000 euros par mois…. Là, on peut vraiment parler d’injustice. Là, le passage aux caisses serait douloureux et le pouvoir d’achat des moins riches (ceux qui n’épargnent pas mais ne font que consommer) va se réduire d’autant… Mais bon, on savait déjà que Hollande n’aimait pas les riches. Il n’était pas besoin d’être docteur en psychologie pour savoir que Sarkozy n’aime pas beaucoup les pauvres.

    Bref, tout ceci nous fait entrer dans une spirale inflationniste. On va nous dire que non. On va même sans doute continuer à lire de beaux chiffres d’une inflation maîtrisée (comme depuis 5 ans, comme les excellents chiffres actuels du chômage qu’aucun statisticien de l’Insee ne reconnaît…). Mais bon, on se sera bien fait baisé.

    Putain, moi je vous le dit, 5 ans, ça va être long.

    * En revanche, il serait malhonnête de parler d’injustice à propos de la TVA sociale en tant qu’impôts. Si la mécanique Sarkozienne se mettait en marche comme il le pense (c'est-à-dire sans inflation), ce déplacement de source de revenus ne serait pas socialement injuste.

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