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octobre 2007

Merci Lionel, mais c’est trop tard

J’étais de ceux qui avaient apprécié le geste de Lionel Jospin en 2002. J’avais à cette occasion – et sous le choc de la défaite – salué son courage et un comportement que je trouvais assez conforme à l’éthique dont il avait fait preuve dans son gouvernement. Je ne me suis pas senti abandonné. Etant assez critique vis à vis de la campagne qu’il avait mené, je trouvais même son geste au bout du compte assez légitime. D’autant que je plaçais la plus grande confiance dans une génération d’hommes et de femmes politiques dont beaucoup avaient travaillé dans son gouvernement. J’ai du déchanter depuis, mais ça, c’est une autre histoire.

J’ai moins apprécié son attitude avant et lors des primaires.  Je ne sais pas si Lionel Jospin a souhaité revenir ou pas (après tout je ne suis en connexion directe avec ses neurones). Il s’en défend, beaucoup l’en accusent… Il met aujourd’hui sa neutralité sur le compte de sa position de simple militant que rien n’autorisait à se ranger derrière tel ou tel candidat (entendu de sa bouche à la télé). Hum ! Sans rejoindre le camp de ceux qui hurlent à la trahison (je sais que nous entrons en période électorale, mais je ne vois pas pourquoi on devrait passer son temps à faire semblant d’être d’accord), je trouve un peu fort de s’interdire de parole avant, au moment de l’action, et de s’y autoriser après, au moment du bilan. Que ne nous a-t-il fait part de ses analyses avant le vote des militants ? Avant le ralliement de nombre de ses supporters, lassé de l’attendre, à Ségolène Royal ? Je pense sincèrement (sans confondre pour autant l’ancien premier ministre avec Cléopâtre) qui si Lionel Jospin avait un peu plus pointé son nez lors primaires, la face du monde en eut [sans doute] été changée. Il lui suffisait de mettre tout son poids dans le plateau de l’un des autres candidats. Suivez mon regard. Direction Washington.

Cela fait une seconde erreur - aussi grave que celle de 2002 - que j’ai du mal à encaisser. C’est véritablement un désastre vu les qualités de l’homme. Reste son livre, L’impasse, et l’homme de réflexion donc. Je partage beaucoup des analyses exposées dans cet ouvrage : sur les stratégies mise en place par Ségolène Royal (victimisation, féminité en bandoulière, personnalisation outrancière, rupture avec le PS et son programme, inspiration chevènementiste de ses propositions…), sur l’avenir politique de la gauche de la gauche… Je suis moins sévère que lui sur la tentative de rapprochement avec le Modem entre les deux tours. La manœuvre était osée, risquée même mais valait la peine d’être tentée. Face à la défaite annoncée, c’était même – malheureusement - la seule chose à faire. Après tout, « les chants les plus désespérés sont les chants les plus beaux. », comme dit le poète. C’est d’ailleurs le seul moment de la campagne où Ségolène Royal a véritablement pris l’initiative.

Bref, ce livre fait-il mal aux socialistes ? Sans doute mais justement parce qu’il appuie là où cela fait mal justement. Fallait-il l’écrire ? Oui. Les socialistes sont aujourd’hui dans une impasse. Personne ne peut le nier. Comment allons-nous en sortir ? Comme Lionel Jospin, je ne pense pas que l’issue est dans l’installation de Ségolène Royal à la tête duparti socialiste. Tirons définitivement un trait sur ce hoquet de notre histoire. Il n'est pas concevable de laisser Ségolène Royal se présenter sans cesse en Jeanne d’Arc volant au secours du peuple de gauche. Les « voix » n’ont pas été au rendez-vous. Les raisons en sont évidentes pour peu que l'on ne sombre pas dans une adulation bien éloignée, me semble-t-il, des fondamentaux socialistes (une adulation que j'ai d'ailleurs bien du mal à m'expliquer). Reconstruisons. Mais sur des fondations autrement plus solides. Il fallait bien que quelqu’un se dévoue pour nous donner une bonne leçon d’architecture. Merci Lionel. Mais bon, la prochaine fois - si prochaine fois il doit y avoir -, pointe ton nez avant.

Camarades patrons, résistez à la tentation !

Voilà c’est fait. Les salariés vont pouvoir travailler plus pour gagner plus ! Depuis le 1er octobre, les heures supplémentaires sont défiscalisées, les charges afférentes diminuées, et bénéficient dans les petites entreprises d’une augmentation de 25 % (pour atteindre le même niveau que dans les grandes entreprises).

En tant que gérant de SARL, je me suis évidemment intéressé à ces nouvelles dispositions. Hormis le fait que dans cette entreprise ou cohabitent royalement deux personnes – et bientôt trois –, on ne compte pas les heures – pas plus les supplémentaires que les « rien à faire » –, en quoi cette disposition majeure du contrat présidentiel pouvait bien changer notre vie ?

L’année passée n’ayant franchement pas été bien bonne, me voyant dans l’impossibilité d’augmenter le salaire d’un garçon méritant et qui depuis son embauche n’a sans cesse progressé, l’idée m’est venue de remplacer les éventuelles primes exceptionnelles – qui dépendent malheureusement de nos résultats financiers –, par la déclaration de quelques heures supplémentaires. Ni vu, ni connu. Du cash net d’impôt dans sa poche, des économies pour l’entreprise. Qui se plaindrait d’un mode de gestion qui satisfait le patron comme l’employé ? Et qui, tout compte fait, ne ferait que refléter l’image de la réalité. Je suis sûr que si nous comptions les heures – de présence au moins –, les 35 heures de son contrat seraient dépassées chaque semaine. Ce qui au passage est le cas dans bon nombre de petites entreprises.

Sauf qu’après en avoir parlé avec le salarié en question, j’ai rangé immédiatement mon Sarko-outil dans sa boîte. Devant, il faut bien le dire, ses yeux quasi exorbités face à l’énormité de ma proposition - j’ai d’ailleurs senti comme une pointe de déception, rapport à mon civisme, chez ce garçon foncièrement droit et honnête...

Est-ce que tous les chefs d’entreprises réagiront ainsi ? Alors que je supporte notre modèle social sans arrière-pensée et que je passe de ce point de vue bien souvent pour un jusqu’au boutiste, j’ai examiné la possibilité de détourner cette mesure. Qu’en sera-t-il de mes petits camarades ? Ceux qui, eux aussi, ont parfois du mal à rentabiliser comme ils le souhaiteraient leur activité. Ceux qui voudraient sincèrement mieux rémunérer leurs salariés. Ceux qui sont contraints de baisser leur rémunération lorsque tout va moins bien. Ceux pour qui, il n’en est pas question. Ceux, aussi, qui pensent que trop de contraintes viennent entraver leur liberté d’entreprendre. Sans parler de ceux qui bavent d’envie devant la dernière Mercos comme des enfants devant le traineau du Père-Noël...