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Camarades patrons, résistez à la tentation !

Voilà c’est fait. Les salariés vont pouvoir travailler plus pour gagner plus ! Depuis le 1er octobre, les heures supplémentaires sont défiscalisées, les charges afférentes diminuées, et bénéficient dans les petites entreprises d’une augmentation de 25 % (pour atteindre le même niveau que dans les grandes entreprises).

En tant que gérant de SARL, je me suis évidemment intéressé à ces nouvelles dispositions. Hormis le fait que dans cette entreprise ou cohabitent royalement deux personnes – et bientôt trois –, on ne compte pas les heures – pas plus les supplémentaires que les « rien à faire » –, en quoi cette disposition majeure du contrat présidentiel pouvait bien changer notre vie ?

L’année passée n’ayant franchement pas été bien bonne, me voyant dans l’impossibilité d’augmenter le salaire d’un garçon méritant et qui depuis son embauche n’a sans cesse progressé, l’idée m’est venue de remplacer les éventuelles primes exceptionnelles – qui dépendent malheureusement de nos résultats financiers –, par la déclaration de quelques heures supplémentaires. Ni vu, ni connu. Du cash net d’impôt dans sa poche, des économies pour l’entreprise. Qui se plaindrait d’un mode de gestion qui satisfait le patron comme l’employé ? Et qui, tout compte fait, ne ferait que refléter l’image de la réalité. Je suis sûr que si nous comptions les heures – de présence au moins –, les 35 heures de son contrat seraient dépassées chaque semaine. Ce qui au passage est le cas dans bon nombre de petites entreprises.

Sauf qu’après en avoir parlé avec le salarié en question, j’ai rangé immédiatement mon Sarko-outil dans sa boîte. Devant, il faut bien le dire, ses yeux quasi exorbités face à l’énormité de ma proposition - j’ai d’ailleurs senti comme une pointe de déception, rapport à mon civisme, chez ce garçon foncièrement droit et honnête...

Est-ce que tous les chefs d’entreprises réagiront ainsi ? Alors que je supporte notre modèle social sans arrière-pensée et que je passe de ce point de vue bien souvent pour un jusqu’au boutiste, j’ai examiné la possibilité de détourner cette mesure. Qu’en sera-t-il de mes petits camarades ? Ceux qui, eux aussi, ont parfois du mal à rentabiliser comme ils le souhaiteraient leur activité. Ceux qui voudraient sincèrement mieux rémunérer leurs salariés. Ceux qui sont contraints de baisser leur rémunération lorsque tout va moins bien. Ceux pour qui, il n’en est pas question. Ceux, aussi, qui pensent que trop de contraintes viennent entraver leur liberté d’entreprendre. Sans parler de ceux qui bavent d’envie devant la dernière Mercos comme des enfants devant le traineau du Père-Noël...

TVA sociale : l'actu est chaude

Quelques précisions rapides sur les problèmes de TVA, puisque le Monde d’aujourd’hui nous livre quelques précisions :

  • François Fillon affirme qu’il n’y aura pas d’augmentation en 2008 pour financer les déficits de l’Etat. La question est de savoir s'il faut le croire.
  • La  TVA sociale est bien à l’étude et il souhaite une expérimentation rapide (éventuellement par secteur). En fait, il craint que cette TVA (qu’il a rebaptisé « anti-délocalisation ») ne soit génératrice d’inflation (c’est marrant, cela fait longtemps que je n’avais pas été d’accord avec un 1er ministre !). Si c’était le cas, il ne souhaiterait pas son application. Mais bon, s'il continue comme cela, il risque de ne plus être là pour en parler.
  • Les ténors du PS hurlent au loup. Dommage qu’ils ne fassent pas le tri dans leurs critiques. Concernant la TVA sociale, je maintiens que ce n’est pas l’injustice qu’il faut condamner mais bien les risques d’inflation. A force de tout mélanger, on perd en crédibilité. Mais bon, la rénovation, on a bien compris que c’était pour après.
  • Boire le calice…

    Dur, dur ! A Colombes-Gennevillier-Villeneuve-la-Garenne (1re circonsciption des Hauts-de-Seine), nous avons raté le siège de peu (pour les étourdis ou les nouveaux, quand je dis nous, je parle des socialistes). Sur Colombes-Asnières (2eme circonscription), c'est bien mieux. Michèle Etcheberry est au second tour (bravo ) face à Aeschlimann qui fait quand même 47 % (Aeschlimann, la sangsue du tribunal de Nanterre, l'homme qui a servi de modèle à Racine pour sa seule comédie, Les Plaideurs. Les gens sont bizarres, je vous jure !) et conserve donc toutes ses chances de l'emporter... si les électeurs de gauche se déplacent. Vous habitez dans le coin ? Faites donc une petite visite au bureau de vote dimanche entre 8 h et 20 h, histoire de remettre les pendules à l'heure. Sur la 1re circonscription, nous échouons donc d’un peu plus de 800 voix en fait (sur 30 000 suffrages exprimés). Philippe Sarre, arrive donc en troisième position derrière le candidat communiste et, logiquement, s’est désisté. Ses 7 092 électeurs – plus les quelques milliers qui ne se sont pas déplacés et qui avaient voté Ségolène Royal au second tour de la présidentielle - doivent maintenant préparer leur emploi du temps de dimanche prochain.

    Personnellement, au vu de la campagne menée sur la circonscription par les communistes et de leurs idées d’avant hier, ma première réaction a été de voter blanc. Où même d'aller à la pêche.

    Et puis bon, j'ai jamais franchement aimé la pêche.

    Et puis bon, j'ai jamais voté blanc.

    Et puis, bon, si tout le monde fait comme ça, on va avoir un député UMP de plus à l’Assemblée. Et franchement, on n’a pas besoin de ça. J’ai l’impression qu’ils vont être tellement nombreux qu’ils pourront pas tous rentrer (quand j’ai vu les résultats, j’ai même cru un moment qu’on avait augmenté le nombre de députés sans me prévenir).

    Et puis bon, vous savez comme c’est. Les communistes, c’est un peu comme les vieilles traditions débiles (le muguet porte-bonheur, marié ou pendu dans l’année, Mireille Mathieu…) : elles énervent… mais on y est attaché.

    Il sera donc dit que cette année, je boirais le calice jusqu’à la lie. Dimanche, j’irai donc voter communiste. Mais j’ai déjà connu bien pire. Avant, j’habitais à Puteaux, là-bas, y’à même pas de second tour !

    Le mot « social » dans une bouche UMP, moi ça me fait peur

    On parle beaucoup de TVA ces jours-ci. Tant que l’on mélange allègrement deux dossiers : celui de la TVA sociale et celui d’une augmentation éventuelle de la TVA pour compenser les baisses d’impôts promises. Donc attention.

    Commençons par la TVA sociale. Nicolas Sarkozy en a expliqué très longuement les principes dans son livre « Ensemble » (que j’ai lu, non, non, ne me remerciez pas…) qu’il voulait appliquer en France (et qui a déjà cours en Allemagne depuis janvier). C’est très simple. On baisse les charges sociales des entreprises. Du coup, leurs charges baissent. Du coup, elles peuvent baisser leurs prix. Du coup, leur compétitivité est améliorée par rapport aux entreprises qui produisent hors de territoire. Du coup, d’un côté, nous achetons plus français, de l’autre, nos produits se vendent mieux à l’étranger. Résultat : nos entreprises augmentent leur chiffre d’affaires, nous retrouvons les points de croissance qui nous manquent et notre balance commerciale retrouve le sourire. Cette fois, il faut le reconnaître, la logique du raisonnement est imparable.

    Reste à financer le manque à gagner fiscal. C’est la fameuse TVA sociale. Une nouvelle taxe sur la consommation (qui n’a rien à voir en fait avec la TVA) est instaurée qui permet à l’état de ne pas augmenter son déficit. Pour le consommateur – toujours selon Nicolas Sarkozy –, les prix des produits et des services fabriqués ou opérés sur le territoire restent inchangés puisque le coût de la TVA sociale est compensée par la baisse des prix pratiquée par les entreprises (cf. paragraphe précédent). En revanche, les entreprises qui produisent à l’étranger – et qui ne profitent pas de la baisse des charges salariales –  ont le choix entre : voir leur prix augmenter (à cause de la TVA sociale) ou diminuer leur tarifs ht. Dans le premier cas, elles perdront en compétitivité, dans le second en rentabilité.

    Pour Nicolas Sarkozy donc, la TVA sociale est une solution aux problèmes liés à la mondialisation, et en particulier devrait freiner les délocalisations (puisqu’il deviendrait moins rentable qu’aujourd’hui de produire à l’étranger). Encore une fois, la logique du raisonnement est imparable, encore que…

    Reste quelques approximations et quelques oublis*.

  • Cette méthode aide autant les entreprises qui sont déjà compétitives (comme les services à très haute valeur ajoutée, par exemple, qui n’auront du coup pas besoin de baisser leur prix) que celle qui le sont moins (comme certaines industries). Il est clair que sectoriser la mesure ou l’asseoir sur les bénéfices serait compliqué. Mais il n’empêche. Il y aura de l’inflation.
  • Nicolas Sarkozy semble bien assuré que les entreprises ne vont pas profiter de cet appel d’air pour augmenter leur prix… Là, nous sommes autorisés à avoir des doutes. Ce ne sont pas des doutes d’ailleurs mais des certitudes. Sans même accuser les entreprises de non citoyenneté, celles qui tirent le diable par la queue aujourd’hui, ne va pas se priver de cet oxygène qu’on leur offre. Contrairement à ce que dit Nicolas Sarkozy, il y aura un effet inflationniste immédiat.
  • Ce n’est pas quelques point de TVA sociale qui vont permettre aux  entreprises françaises de produire des produits électronique grand public au même coût que les coréen par exemple, ou des textiles au prix du Maghreb. Sur bon nombre de produits, cette mesure n’aura quasiment aucun effet bénéfique sur l’économie française.

    Bref, au bout du compte, la TVA sociale est une mesure inflationniste. Je ne sais pas ce qui se passe en Allemagne à ce propos ni dans quelle mesure on pourrait comparer les deux économies sur ce point. Si quelqu’un à des nouvelles de nos amis d’outre-rhin, qu’il n’hésite pas à nous en faire part…

    Voilà pour la TVA sociale. Quant à l’augmentation de la TVA, elle n’était pas au programme. Il semble que certains députés UMP la réclame. Et, en effet, on risque d’en avoir besoin pour financer les baisses d’impôts accordés aux propriétaires, aux enfants qui héritent, aux étudiants qui gagnent 3000 euros par mois…. Là, on peut vraiment parler d’injustice. Là, le passage aux caisses serait douloureux et le pouvoir d’achat des moins riches (ceux qui n’épargnent pas mais ne font que consommer) va se réduire d’autant… Mais bon, on savait déjà que Hollande n’aimait pas les riches. Il n’était pas besoin d’être docteur en psychologie pour savoir que Sarkozy n’aime pas beaucoup les pauvres.

    Bref, tout ceci nous fait entrer dans une spirale inflationniste. On va nous dire que non. On va même sans doute continuer à lire de beaux chiffres d’une inflation maîtrisée (comme depuis 5 ans, comme les excellents chiffres actuels du chômage qu’aucun statisticien de l’Insee ne reconnaît…). Mais bon, on se sera bien fait baisé.

    Putain, moi je vous le dit, 5 ans, ça va être long.

    * En revanche, il serait malhonnête de parler d’injustice à propos de la TVA sociale en tant qu’impôts. Si la mécanique Sarkozienne se mettait en marche comme il le pense (c'est-à-dire sans inflation), ce déplacement de source de revenus ne serait pas socialement injuste.

  • Améliorer la situation des étudiants...

    Nous retournons aux urnes dimanche. L’occasion de commenter les résultats du travail de l’équipe présidentielle qui s’est empressée de donner des garanties aux français sur la mise en place du projet présenté tout au long de l’année. Parlons fiscalité donc.

    Ah les impôts ! Le mal français. Tout le monde a l’impression d’en payer trop et, de toute façon, plus que le voisin… Tout pareil, chacun trouve que l’argent récolté (arraché ?) est bien mal employé. Selon l’interlocuteur, cela peut aller de « l’assistanat qui encourage les feignants », aux « voitures de fonctions ministérielles scandaleuses » en passant par « les dépenses militaires qui seraient mieux employées dans les écoles ». Bref, les dépenses c’est justement l’inverse des recettes. D’un côté, on m’en prend trop, de l’autre on en donne trop aux autres*.

    Bien conscient du désamour des français pour leurs impôts, notre président a décidé de prendre le taureau par les cornes. Nous n’avons pas eu l’amnistie sur les amendes (et pour contredire ceux qui pourraient m’accuser d’être trop partisan, je l’en félicite) mais nous avons la réforme fiscale. Mieux que les amendes. Je ne commenterai pas l’ensemble des réformes qui doivent être votées à la fin du mois (ce serait un peu long). Je me contenterai de revenir sur l'une d'entre elle dont on ne parle pas beaucoup mais qui m’a quand même mis un peu le bourdon (et ce sera quand même déjà un peu long…).

    Lisons le premier paragraphe du texte qui va être confié à l’examen du Conseil d’Etat (ci-devant Exposé des motifs du projet de loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat) : « Afin d'améliorer la situation des étudiants qui doivent travailler pour financer leurs études, l'article 2 prévoit une exonération d'impôt sur le revenu des salaires qu'ils perçoivent, dans la limite de trois fois le SMIC mensuel.»

    La situation de certains étudiants qui vivent aux limites du seuil de la pauvreté (quand ce n’est pas en dessous) est dramatique et bien peu digne de notre pays. On sait que leur principal souci est lié au prix du logement. Leur donner les moyens de poursuivre leurs études dans des conditions décentes aurait pu faire honneur à notre nouveau gouvernement. Inventer ainsi, par exemple, une Aide Personalisée au Logement des Etudiants aurait vraiment simplifié la vie de nos jeunes gens. Au lieu de cela, il a décidé de perdre plusieurs milliards d’euros (difficile d’être plus précis vu le flou qui entoure le manque à gagner réel de cette nouvelle loi fiscale) en exonérant les étudiants de leurs impôts. Belle idée, encore que je ne connaisse pas beaucoup d’étudiant dans le besoin qui en paye.

    De prime abord, on cherche les raisons qui poussent le gouvernement à exonérer d’impôts un étudiant qui gagne 3000 euros par mois… Les salariés qui gagnent la même somme mais qui ont fini leurs études apprécieront. Je ne sache pas que la situation d’un tel étudiant (et même un peu en-deçà) nous oblige à « améliorer [sa] situation »…  Manifestement, il s’en sort très bien comme cela. Et on ne peut que le féliciter. Personnellement, je trouverai même super que tous les étudiants parviennent à l’imiter.

    Soyons donc plus raisonnable. Prenons un étudiant qui gagne le Smic. S’il fait sa déclaration seul… cela ne change rien puisqu’il n’était pas imposable ! Donc, lui, qui aurait bien besoin pourtant « d'améliorer [sa] situation », va continuer à bien galérer (tant pis pour toi, t’as qu’à travailler plus, tu gagneras plus !). En revanche, s’il fait sa déclaration avec ses parents, là le gain est manifeste. Alors qu’avant cette réforme, l’étudiant avait intérêt à déclarer seul ses revenus, ce sera le contraire dorénavant. Les gains sont évidemment proportionnel aux revenus : 2 000 euros si les parents gagnent 6 000 euros (à deux, par mois), 600 euros s’ils gagnent 4 000 euros et 200 euros s’il gagnent 2 000 euros.

    Manifestement, la situation des étudiants le plus en difficulté ne va pas beaucoup s’améliorer… Pour les autres, en revanche, tout ira bien. Ils auront de l’argent à dépenser (si leurs parents leur reversent les sommes économisées car au bout du compte, ce sont les eux qui palpent) et pourront relancer ainsi la consommation comme le souhaite Nicolas Sarkozy.

    C’est sûr, avec 200 euros par ans, ils vont pas relancer grand-chose, les modestes. En revanche, 2000 euros, pour la tranche haute de ma simulation, c’est pas mal. Sauf que l’on sait très bien qu’à partir d’un certain revenu, on augmente peu sa consommation mais plutôt son épargne…

    Pour conclure, je n’accuserai pas Nicolas Sarkozy de faire cadeaux aux riches. En fait, je m’en fous.  Le cadeau, il le fait surtout d’ailleurs à une frange de la population dont le vote peut faire basculer une élection (ceux qui croient qu’ils dans la classe moyenne alors qu’ils sont bien au-dessus). Il va juste falloir faire beaucoup d’efforts pour les ramener à une vision plus généreuse de la société. En revanche, massacrer les finances publiques comme il est en train de le faire, c’est plus grave. Le faire sous des prétextes fallacieux (relance de la consommation, amélioration des conditions de vie), c’est du pur populisme. Mais bon, en France, on préfère souvent ceux qui parlent à ceux qui pensent… Il sera simplement un peu tard pour penser quand on augmentera la TVA pour financer ce paquet de réformes fiscales.

    Alors dimanche, parlons peu, pensons un bon coup et votons.

    * Que l’euphémisme qui a régi la rédaction de ce paragraphe ne trompe personne. Pour moi, c’est clair, et tant pis pour le politiquement correct : en la matière, les français sont vraiment des veaux.

    Merde in France...

    ... mais vive Colombes qui a placé Ségolène Royal en tête avec 54% des voix.

    Non à l'intimidation

    François Auguste, vice-président (Groupe PCF) de la Région Rhône-Alpes est convoqué par le procureur de la république devant le tribunal correctionnel de Lyon lundi 7 mai 2007 à 14h pour « entrave à la circulation d’un aéronef afin de soutenir des personnes faisant l’objet d’une reconduite à la frontière. » J'ai déjà évoqué briévement dans un article les mesures d'intimidations prises à l'encontre de citoyens qui ne peuvent pas se résoudre aux errements de la politique sécuritaire et inhumaine qui a cours aujourd'hui en France. Elles sont intolérables. Une pétition, relayée par Education sans frontières, circule. Pour vous faire une idée précise des faits cliquez ici.

    Marquer des territoires

    Le 5 mai 2002, j’ai glissé un bulletin dans l’urne. Je n’irais pas jusqu’à dire, comme certains, que je l’ai fait en me bouchant le nez. Mon geste était celui d’un électeur responsable et convaincu de la justesse de son acte. Mais je ne l’ai pas fait de gaieté de cœur. Très loin de là (hou la la ! Mais alors, très, très, très loin ! Tellement loi qu'il était tout petit...).

    Un certain nombre d’électeurs disent qu’ils n’iront pas voter (et je pense en particulier aux partisans de François Bayrou). Qu’ils ne veulent pas choisir entre les deux candidats. Souvent, l’un à cause de sa dérive sécuritaire, l’autre à cause de son incompétence.

    Je ne reviendrai pas sur la « dérive sécuritaire » de Nicolas Sarkozy. Je vous renvoie à Ruptures, l’ouvrage dont je me suis fait l’écho dernièrement qui la démontre, preuves à l’appui. A propos de l’incompétence supposée de Ségolène Royal, je ne reviendrai pas non plus sur les innombrables procès qui lui ont été intentés depuis le début de la campagne. Je ne ferai pas non plus de la candidate un panégyrique que d’aucuns pourraient trouver partisan. Mais sérieusement, arrêtons-nous sur cette fameuse incompétence deux secondes.

    Une.

    Deux.

    Ca y est ? Vous aussi, vous trouvez difficile à croire qu’une femme politique élue nationale depuis 19 ans, plusieurs fois ministre, présidente de région, investie par un parti de gouvernement à l’issue d’une campagne interne qui a ressemblé à tout, sauf à une partie de campagne, puisse être la Bécassine qu’on nous décrit. Perso, même avec mon imagination débordante, je n’y crois pas.

    Il n’est pas question de comparer 2002 et 2007. Ce serait stupide. Mais je pense que l’on peut se rappeler qu’en 2002, les électeurs de gauche ont pour la plus grande part pris leurs responsabilités. Et qu’entre la droite nationaliste et la droite républicaine, ils ont choisi de voter. Non pas, tant pour empêcher Jean-Marie Le Pen d’aller à l’Elysée (il n'avait objectivement aucune chance d’y parvenir), que pour marquer des territoires. En l’occurrence celui de la République des autres.

    Ceux qui ne sont pas convaincus aujourd’hui doivent, à leur tour, marquer des territoires. Deux voies, deux méthodes.  A ma gauche, la réforme et le respect. A ma droite, la réaction* et le populisme. Alors, sans vous boucher le nez - mais avec vos réticences -, prenez vos responsabilités. Le 6 mai 2007, allez voter !

    * Non mais franchement, l’école de Jules Ferry ! Pourquoi pas le châtiment corporel pendant qu’on y est ?

    Lettre ouverte à ma maman
    (et à tous nos anciens)

    J'ai lu quelque part que seulement 35 % des personnes âgées voteraient dimanche pour Ségolène Royal… De ce que tu m’as dis, tu ne feras peut-être pas partie de celles-là. Ton attachement historique au Gaullisme, je le connais. Je ne dirais pas que je suis tombé dedans quand j’étais petit car tu m’as toujours appris à penser par moi-même. Mais cet attachement, sans le partager sur bien des points, je l’ai toujours compris. Je n’ai jamais compris ton aversion pour François Mitterand mais bon, c’était un  autre temps.

    Au fait pour qui as-tu voté en 1988 ? Déjà, à l’époque, le gaullisme du RPR n’était plus qu’un gaullisme de façade. De Gaulle n’aimait pas le régime des partis. L’UMP aujourd’hui, c’est le régime d’un parti…

    Qui cherche à réunir ? A faire travailler les gens ensemble ? A régler les problèmes – et nous en avons – dans la concertation ? A avancer dans le sens du bien commun et de l’intérêt général, sans brutalité ?

    Et qui divise ? Qui monte les uns contre les autres ? Les français contre les étrangers, ou supposés comme tels ? Les fonctionnaires contre les salariés du privé ? Les chômeurs contre les travailleurs ? Qui passe sa vie à flatter les intérêts particuliers ?

    Qui me récitait lorsque j’étais un petit garçon le poème de Marceline Desbordes-Valmore ?  Tu sais :

    Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,   
    Plein de plume choisie, et blanc! et fait pour moi!   
    Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,   
    Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi!   

    Beaucoup, beaucoup d’enfants pauvres et nus, sans mère,
    Sans maison, n’ont jamais d’oreiller pour dormir;   
    Ils ont toujours sommeil. O destinée amère !   
    Maman ! douce maman ! cela me fait gémir.

    Après plus de trente ans, tous passés – en grande partie grâce à toi - avec un petit oreiller sous ma tête, cela me fait toujours gémir.

    Au nom de ces enfants, au nom des valeurs de respect, de générosité et de travail que tu m’as inculquées sans jamais faiblir… je te le demande solennellement, comme je le demande à tous les grands-parents : ne vous laissez pas embarquer dans un projet qui sous l’apparence d’une réconfortante sécurité ne conduira qu’à nous enfoncer dans les pièges du mépris, de l’égoïsme et de la primauté de la rente sur le travail.

    Carton rouge pour Sarko

    Quel chemin parcouru depuis 2002 ! 85 % de taux de participation au premier tour, une bonne claque à Le Pen, un entre-deux tour qui bouleverse l’ordre établi… Autant de bonnes nouvelles pour notre démocratie qui semble se réveiller… enfin ! Reste la dernière étape, la finale comme se plaît à l’appeler Nicolas Sarkozy qui ne voit pas d’un très bon œil la présence sur le banc de touche du vainqueur du match pour la troisième place… Ca y est, je deviens fou ! Je reprends à mon compte le vocabulaire inepte du candidat de l’UMP. Les français relève le niveau dans les urnes ? Sarkozy se complaît à le rabaisser en comparant nos élections à un match de foot ! Un conseil de Bernard Tapie qui connaît bien les deux peut-être…

    Sérieusement, je veux bien que pour parler aux français (qui ne sont pas, comme on le sait,  très intelligents), il faut faire simple mais il y a des limites. Ici, la simplicité est outrancière, voire ordurière. Quel est le rapport ? Pourquoi, des leaders politiques ne pourraient pas confronter en public leurs idées ? Depuis une semaine et le début du feuilleton sur le débat entre Ségolène Royal et François Bayrou, Nicolas Sarkozy pratique l’anti-jeu, pour le suivre dans la métaphore footballistique – tant pis, je ne suis pas candidat à la magistrature suprême, moi. Parce qu’il a perdu l’initiative. Parce qu’il est en train de perdre le match au milieu du terrain, malgré un banc bien fourni (Santini, De Robien…). Et bien, l’anti-jeu, au football, c’est sanctionné ! Sur ce match, l’arbitre, c’est nous. Notre sifflet, c’est notre bulletin de vote. Alors n’hésitons pas, une bonne biscotte, bien rouge, pour Sarko.